Henri Michaux - Épervier de ta faiblesse, domine ! (Italian translation)

French

Épervier de ta faiblesse, domine !

L'être qui inspire m'a dit :
Je suis celui qui tremble.
Je suis celui qui rompt,
Qui glisse, qui rampe.
Je suis celui qui rend.
L'être qui transporte m'a dit :
Je suis celui qui cesse,
Celui qui ôte, celui qui lâche.
Eh bien ! et toi ?
Et toi pareil, pourquoi te méconnais-tu ?
 
Je m'assieds en juge,
Je m'accroupis en vache,
Je pénètre en père,
J'enfante en mère.
Et toi, qu'attends-tu ?
 
Ton égout traverse la Royale Demeure.
Six mille lames de mots tu as en ta bouche.
Faible, dis-tu.
Qui est faible, traversant les quatre mondes ?
Je suis l'oiseau. Tu es l'oiseau.
Je suis la flèche empennée des plumes de l'oiseau.
Je vole. Tu voles.
Je vogue. Tu vogues.
Nous voguons entre les mâchoires du ciel et de la Terre.
Je romps
Je plie
Je coule
Je m'appuie sur les coups que l'on me porte
Je gratte
J'obstrue
J'obnubile
Je fais rétrograder la marche des vivants
Et toi, qui en misère as abondance
Et toi,
Par ta soif, du moins, tu es soleil,
Épervier de ta faiblesse, domine !
Regarde :
 
Je fais tournoyer la femme
Je lynche le vieillard
J'enivre la racine
Je galope dans le troupeau de girafes
Je suis le guerrier parachuté
Je suis l'oreille quand il y a du bruit
Je trompe, je traverse
Je n'ai pas de nom
Mon nom est de gaspiller les noms
 
Je suis le vent dans le vent.
 
Je suis celui qui enfanta les dieux
Dans mon bassin ils ont été créés
De mon bassin ils ont été chassés.
 
Je ruine
Je démets
Je disloque
M'écoutant, le fils arrache les testicules du Père
Je dégrade
Je renverse
Je renverse
La tête dans ses tarots mes chiens dévorent la cartomancienne.
 
Submitted by Guernes on Sun, 11/12/2016 - 17:38
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Italian translation

Sparviero della tua debolezza, domina !

L’essere che ispira mi ha detto :
Sono colui che freme.
Sono colui che rompe,
Che scivola, che striscia.
Sono colui che rende.
L’essere che trasporta mi ha detto:
Sono colui che termina,
Colui che toglie, colui che lascia.
Ebbene ! e tu ?
E tu, mio pari, perché ti misconosci ?
 
Io siedo come giudice,
Mi accovaccio come vacca,
Penetro come padre,
Partorisco come madre.
E tu, che cosa aspetti ?
 
La tua fogna attraversa la Casa Reale.
Seimila lame di parole hai in bocca.
Debole, tu dici.
Chi è il debole, attraversando i quattro mondi ?
Io sono l’uccello. Tu sei l’uccello.
Io sono la freccia impennata con piume d’uccello.
Io volo. Tu voli.
Io remo. Tu remi.
Noi remiamo tra le mascelle del cielo e della Terra.
Io rompo
Io piego
Io scorro
Io mi appoggio sui colpi che ricevo
Io gratto
Io ostruisco
Io obnubilo
Io faccio retrocedere la marcia dei vivi
E tu, che ti sai in abbondanza nella miseria,
Tu,
Almeno per la tua sete, tu sei sole,
Sparviero della tua debolezza, domina !
Guarda:
 
Io faccio volteggiare la donna
Io lincio il vecchio
Io inebrio la radice
Io galoppo nella mandria delle giraffe
Io sono il guerriero paracadutato
Io sono l’orecchio quando c’è rumore
Io inganno, io attraverso
Io non ho nome
Il mio nome è dissipare i nomi
 
Io sono il vento nel vento.
 
Io sono colui che partorì gli dèi
Nel mio bacino furono creati
Dal mio bacino furono scacciati.
 
Io rovino
Io slogo
Io sfascio
Ascoltando me, il figlio strappa i testicoli al Padre
Io degrado
Io sconvolgo
Io sconvolgo
Con la testa nei suoi tarocchi i miei cani divorano la cartomante.
 
Submitted by Guernes on Sun, 11/12/2016 - 17:42
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Traduzione - Carmine Mangone

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