Miguel Torga - O regresso (French translation)

Portuguese

O regresso

« Lá vem a Nau Catrineta
Que tem muito que contar.
Ouvi, agora, Senhores
Uma história de pasmar… »
A Mãe correu à varanda,
Bem longe de imaginar
Que a alarme desejado
Vinha dum cego a cantar :
« Passava mais de ano e dia
Que iam na volta ao mar,
Já não tinham que comer,
Já não tinham que manjar… »
A Mãe abri unum soluço
O coração a sangrar,
Porque a sola era tão rija
Que a não podiam tragar…
« Deitamsortes à ventura
Qual se havia de matar ».
(A Mãe tinha pão na arca
E não lho podia dar !)
« Logo foi cair a sorte… »
(Que sorte tão singular !).
O gajeiro olhava, olhava,
Mas só via céu e mar
—Um céu distante e vazio,
E um largo e vazio mar…
« Alvíçaras, Capitão… »
E o vento a enrodilhar
A voz do homem da gávea
Na do ceguinho a cantar !
« A minha alma é só de Deus,
O corpo dou-o eu ao mar… »
A Mãe, que nada podia,
Já só podia rezar…
« Deu um estoiro o demónio,
Acalmaram vento e mar ».
E quando o cego acabou
Estavam em terra a varar…
 
Submitted by Guernes on Tue, 21/11/2017 - 21:56
Last edited by Guernes on Thu, 23/11/2017 - 19:10
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French translation

Le retour

« Voici la Nef Catrineta qui vient,
Elle a tant de choses à raconter.
« Écoutez, maintenant, Messeigneurs
Une histoire qui va vous surprendre… »
La Mère courut jusqu’au balcon
Bien loin d’imaginer
que cette clameur venait
d’un aveugle qui chantait :
« Il y avait plus d’un an et un jour
Qu’ils naviguaient sans retour sur la mer.
Il n’avait plus rien à manger,
Plus rien à se mettre sous la dent… »
La Mère ouvrit dans un sanglot
Son cœur qui saignait,
Car la semelle était si dure
Qu’ils ne pouvaient pas l’avaler…
« On tira à la courte paille
Le premier qui serait mangé ».
(La Mère a du pain dans sa huche
Mais ne peut rien leur donner !)
« Le sort en était bientôt jeté…
(Sort ô combien singulier !)
Le gabier scrutait, scrutait, ne voyait
Rien d’autre que le ciel et la mer
—Un ciel immense et vide,
Et une mer vaste et vide…
« Récompense1, Capitaine… »
Et le vent enchevêtrait les voix
De l’homme de la hune
Et de l’aveugle qui chantait !
« Je donne mon corps à la mer
Si mon âme n’appartient qu’à Dieu… »
La Mère, qui n’en pouvait mais,
Se mit alors à prier…
« Le diable eut un dernier sursaut
Puis le vent tomba, et la mer calmée »
L’aveugle acheva son récit.
Ils étaient près d’une terre où s’échouer…
 
  • 1. Alviçaras est la gratification accordée au porteur d’une bonne nouvelle
© Christian Guernes
Submitted by Guernes on Tue, 21/11/2017 - 21:58
Author's comments:

© Christian Guernes
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Nau Catrineta (Nau Catarineta au Brésil) est un poème anonyme, lié à la tradition orale qui a probablement été inspirée par le voyage tumultueux du navire Santo António, qui a transporté Jorge de Albuquerque Coelho (fils de Duarte Coelho Pereira , fondateur de la capitainerie héréditaire de Pernambuco), du port d'Olinda, au Brésil, jusqu'au port de Lisbonne, en 1565. Le poème a été recueilli par Almeida Garrett et inclus dans le Romanceiro. Il y a aussi une version brésilienne écrite par Antônio José Madureira, basée sur une recréation littéraire faite par Ariano Suassuna sous le nom de "Romance da Nau Catrineta.
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