Miguel Torga - Santa Teresa (French translation)

Portuguese

Santa Teresa

Terra…
Era em Ávila da Ibéria a minha terra…
Terra !
Mas eu não vi a terra que me teve !
Nem lhe dei o calor que um filho deve
A sua Mãe !
Terra !
Nem lhe sabia o nome verdadeiro !
Nem a cor ! nem o gosto ! nem o cheiro !
Nem calculava o peso que ela tem !
 
Terra…
Vai-se embaçando o brilho dos meus olhos !
Apodrece o tutano dos meus ossos !
Crescem as unhas doidas nos meus dedos
Contra a palma da mão encarquilhada !
Medra o livor em mim de tal maneira
Que me babo de nojo do meu nada !
 
Terra !...
E andei eu a morrer a vida inteira !
E andei eu a secar a seiva da raiz
Que do Céu ou do Inferno me prendia
A ti, humana terra de Castela !
Terra !
E andei eu a viver a morte que vivia
Disfarçada em amor na minha cela !
 
Terra !...
E andei eu a negar o amor do mundo,
Quando de pólo a pólo o meu amor podia
Ser sem limites como a alma quer !...
E ser fecundo como a luz do dia !
E dar um filho, porque eu fui mulher !
 
Terra !...
E andei eu a legar este legado :
« Vivo morrendo primeiro »,
Derradeiro Castelo a que subi !...
Terra…
E Deus que prometeu ter-me a seul ado,
Tem-me aqui.
 
Submitted by Guernes on Fri, 01/12/2017 - 22:48
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French translation

Sainte Thérèse

Terre…
Ma terre, elle est en Avila d’Ibérie…
Terre !
Mais je n’ai pas vu la terre que j’avais !
Ni donné la chaleur qu’à sa Mère doit
Donner un fils !
Terre !
Son nom véritable, je ne l’ai jamais su !
Ni la couleur ! ni le goût ! ni l’odeur !
Ni son poids, je n’ai jamais pu l’estimer !
 
Terre…
L’éclat de mes yeux va s’embuer !
Et la moelle de mes os, pourrir !
À mes doigts, poussent des ongles aberrants
Vers la paume flétrie de mes mains !
La lividité se développe en moi de telle manière
Que je me réjouit de la nausée de mon néant !
 
Terre !...
Et j’ai passé ma vie entière à mourir !
A épuiser la sève de la racine
Qui, du Ciel ou de l’Enfer, me reliait
À toi, humaine terre de Castille !
Terre !
Passé mon temps à vivre la mort que je vivais
Et qui se déguisait amour, dans ma cellule !
 
Terre !...
J’ai passé ma vie à nier l’amour du monde,
Alors que mon amour d’un pôle à l’autre pouvait
Être sans limites comme l’âme le souhaite !...
Et être fécond comme la lumière du jour !
Et donner un fils, puisque femme je fus !
 
Terre !...
Et au temps j’ai transmis ce legs :
« je vis de mourir par avance »,
Dernier Château que j’ai gravi !...
Terre…
Et Dieu qui m’a promis de se tenir à mes côtés,
Se tient-là, près de moi.
 
© Christian Guernes
Submitted by Guernes on Fri, 01/12/2017 - 22:50
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© Christian Guernes

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