Miguel Torga - Tormenta (French translation)

Portuguese

Tormenta

Noite medonha, aquela !
O mar tanto engolia a caravela
Como a exibia à tona, desmaiada !
No abismo do céu nem uma estrela !
E a cruz de Cristo, a agonizar na vela,
Suava sangue sem poder mais nada !
 
A fúria cega tufão raivoso
Vinha das trevas desse Tenebroso
E varria a quimera de convés…
O mastro grande que Leiria1 deu
Era um homem de pinho, mais caiu
Quando um raio o abriu de lés a lés…
 
Novo guarda dos rumos da Nação,
O piloto guiava a perdiçõ
Como um pai os destinos do seu lar…
Até que o lar inteiro se desfez.
Até que ao pai chegou também a vez
De fazer uma prece e descansar…
 
O gajeiro sem gâvea, dessa altura
Que a alma atingue ao rés da sepultura,
Olhou ainda a bruma em desafio…
Mas a Sereia Negra, que cantava
No coração do mar, tanto chamava,
Que ele deu-lhe aquele olhar cansado e frio.
 
O naufrágio alargou-se ao mar enteiro.
E o corpo morto dum herói, primeiro
Cruzado da unidade deste mundo,
No dorso frio duma onda irada,
Mandou aos mortos, com a mão na espada,
Boiar o sonho, que não fosse ao fundo.
 
Submitted by Guernes on Wed, 22/11/2017 - 20:44
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French translation

Tourmente

Nuit effrayante, que celle-là !
Tantôt la mer engloutissait la caravelle,
Tantôt elle l’exhibait à la surface, défaillante !
Dans l’abîme du ciel nulle étoile !
Et le Christ en croix, agonisant sur la voile,
Suait de tout son sang, n’y pouvant mais !
 
La furie aveugle du typhon haineux
Venait du tréfonds des Ténèbres
Et balayait le pont de ses chimères…
Le grand mât que Leiria1 produit
Était un homme de cèdre, mais il tomba
Quand la foudre l’ouvrit de part en part…
 
Nouveau gardien des orients de la Nation,
Le pilote gardait le cap et veillait
Comme un père à la destinée de sa famille…
Jusqu’à ce que soit défaite la famille tout entière ;
Jusqu’à ce qu’il arrive au père – à lui aussi
De faire une prière et de disparaître.
 
Le gabier privé de hune, de cette hauteur
Que l’âme atteint au seuil de la tombe,
Défiait toujours la brume du regard…
Mais Noire, la Sirène qui chantait
Au cœur de la mer, tant elle fut désirée
Par lui que son regard devint froid et las.
 
Le naufrage s’étendit à la mer entière.
Et le corps mort d’un héros, premier
Croisé de l’unité de ce monde,
Du dos froid d’une vague irrité,
Enjoint aux morts, l’épée à la main,
D’amarrer le rêve, qu’il ne s'effondre.
 
  • 1. Pinhal de Leiria
© Christian Guernes
Submitted by Guernes on Wed, 22/11/2017 - 20:46
Author's comments:

© Christian Guernes
.
Pinhal de Leiria : C’est Denis 1er (1261-1325) qui ordonna la plantation de la forêt de pin de Leiria près de la côte atlantique. Plus tard, le bois de cette forêt sera utilisé pour construire les navires utilisés lors des Grandes Découvertes portugaises, au cours des XVe siècle et XVIe siècle.

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