Arthur Rimbaud - Une saison en enfer - 011 - Délires - I - Vierge folle (Chinese translation)

French

Une saison en enfer - 011 - Délires - I - Vierge folle

L'époux infernal
 
. . Écoutons la confession d’un compagnon d’enfer :
 
. . « Ô divin Époux, mon Seigneur, ne refusez pas la confession de la plus triste de vos servantes. Je suis perdue. Je suis soûle. Je suis impure. Quelle vie !
 
. . « Pardon, divin Seigneur, pardon ! Ah ! pardon ! Que de larmes ! Et que de larmes encore plus tard, j’espère !
 
. . « Plus tard, je connaîtrai le divin Époux ! Je suis née soumise à Lui. — L’autre peut me battre maintenant !
 
. . « À présent, je suis au fond du monde ! Ô mes amies !… non, pas mes amies… Jamais délires ni tortures semblables… Est-ce bête !
 
. . « Ah ! je souffre, je crie. Je souffre vraiment. Tout pourtant m’est permis, chargée du mépris des plus méprisables cœurs.
 
. . « Enfin, faisons cette confidence, quitte à la répéter vingt autres fois, — aussi morne, aussi insignifiante !
 
. . « Je suis esclave de l’Époux infernal, celui qui a perdu les vierges folles. C’est bien ce démon-là. Ce n’est pas un spectre, ce n’est pas un fantôme. Mais moi qui ai perdu la sagesse, qui suis damnée et morte au monde, — on ne me tuera pas ! — Comment vous le décrire ! je ne sais même plus parler. Je suis en deuil, je pleure, j’ai peur. Un peu de fraîcheur, Seigneur, si vous voulez, si vous voulez bien !
 
. . « Je suis veuve… — J’étais veuve… — mais oui, j’ai été bien sérieuse jadis, et je ne suis pas née pour devenir squelette !… — Lui était presque un enfant… Ses délicatesses mystérieuses m’avaient séduite. J’ai oublié tout mon devoir humain pour le suivre. Quelle vie.! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. Je vais où il va, il le faut. Et souvent il s’emporte contre moi, moi, la pauvre âme. Le Démon ! — C’est un Démon, vous savez, ce n’est pas un homme.
 
. . « Il dit : « Je n’aime pas les femmes. L’amour est à réinventer, on le sait. Elles ne peuvent plus que vouloir une position assurée. La position gagnée, cœur et beauté sont mis de côté : il ne reste que froid dédain, l’aliment du mariage, aujourd’hui. Ou bien je vois des femmes, avec les signes du bonheur, dont, moi, j’aurais pu faire de bonnes camarades, dévorées tout d’abord par des brutes sensibles comme des bûchers… »
 
. . « Je l’écoute faisant de l’infamie une gloire, de la cruauté un charme. « Je suis de race lointaine : mes pères étaient Scandinaves : ils se perçaient les côtes, buvaient leur sang. — Je me ferai des entailles partout le corps, je me tatouerai, je veux devenir hideux comme un Mongol : tu verras, je hurlerai dans les rues. Je veux devenir bien fou de rage. Ne me montre jamais de bijoux, je ramperais et me tordrais sur le tapis. Ma richesse, je la voudrais tachée de sang partout. Jamais je ne travaillerai… » Plusieurs nuits, son démon me saisissant, nous nous roulions, je luttais avec lui ! — Les nuits, souvent, ivre, il se poste dans des rues ou dans des maisons, pour m’épouvanter mortellement. — « On me coupera vraiment le cou ; ce sera dégoûtant. » Oh ! ces jours où il veut marcher avec l’air du crime !
 
. . « Parfois il parle, en une façon de patois attendri, de la mort qui fait repentir, des malheureux qui existent certainement, des travaux pénibles, des départs qui déchirent les cœurs. Dans les bouges où nous nous enivrions, il pleurait en considérant ceux qui nous entouraient, bétail de la misère. Il relevait les ivrognes dans les rues noires. Il avait la pitié d’une mère méchante pour les petits enfants. — Il s’en allait avec des gentillesses de petite fille au catéchisme. — Il feignait d’être éclairé sur tout, commerce, art, médecine. — je le suivais, il le faut !
 
. . « Je voyais tout le décor dont, en esprit, il s’entourait ; vêtements, draps, meubles : je lui prêtais des armes, une autre figure. Je voyais tout ce qui le touchait, comme il aurait voulu le créer pour lui. Quand il me semblait avoir l’esprit inerte, je le suivais, moi, dans des actions étranges et compliquées, loin, bonnes ou mauvaises : j’étais sûre de ne jamais entrer dans son monde. À côté de son cher corps endormi, que d’heures des nuits j’ai veillé, cherchant pourquoi il voulait tant s’évader de la réalité. Jamais homme n’eut pareil vœu. Je reconnaissais, — sans craindre pour lui, — qu’il pouvait être un sérieux danger dans la société. — Il a peut-être des secrets pour changer la vie ? Non, il ne fait qu’en chercher, me répliquais-je. Enfin sa charité est ensorcelée, et j’en suis la prisonnière. Aucune autre âme n’aurait assez de force, — force de désespoir ! — pour la supporter, — pour être protégée et aimée par lui. D’ailleurs, je ne me le figurais pas avec une autre âme : on voit son Ange, jamais l’Ange d’un autre — je crois. J’étais dans son âme comme dans un palais qu’on a vidé pour ne pas voir une personne si peu noble que vous : voilà tout. Hélas ! je dépendais bien de lui. Mais que voulait-il avec mon existence terne et lâche ? Il ne me rendait pas meilleure, s’il ne me faisait pas mourir ! Tristement dépitée, je lui dis quelquefois : « je te comprends. » Il haussait les épaules.
 
. . « Ainsi, mon chagrin se renouvelant sans cesse, et me trouvant plus égarée à mes yeux, — comme à tous les yeux qui auraient voulu me fixer, si je n’eusse été condamnée pour jamais à l’oubli de tous ! — j’avais de plus en plus faim de sa bonté. Avec ses baisers et ses étreintes amies, c’était bien un ciel, un sombre Ciel, où j’entrais, et où j’aurais voulu être laissée, pauvre, sourde, muette, aveugle. Déjà j’en prenais l’habitude. Je nous voyais comme deux bons enfants, libres de se promener dans le Paradis de tristesse. Nous nous accordions. Bien émus, nous travaillions ensemble. Mais, après une pénétrante caresse, il disait : « Comme ça te paraîtra drôle, quand je n’y serai plus, ce par quoi tu as passé. Quand tu n’auras plus mes bras sous ton cou, ni mon cœur pour t’y reposer, ni cette bouche sur tes yeux. Parce qu’il faudra que je m’en aille, très-loin, un jour. Puis il faut que j’en aide d’autres : c’est mon devoir. Quoique ce ne soit guère ragoûtant…, chère âme… » Tout de suite je me pressentais, lui parti, en proie au vertige, précipitée dans l’ombre la plus affreuse : la mort. Je lui faisais promettre qu’il ne me lâcherait pas. Il l’a faite vingt fois, cette promesse d’amant. C’était aussi frivole que moi lui disant : « je te comprends. »
 
. . « Ah ! je n’ai jamais été jalouse de lui. Il ne me quittera pas, je crois. Que devenir ? Il n’a pas une connaissance ; il ne travaillera jamais. Il veut vivre somnambule. Seules, sa bonté et sa charité lui donneraient-elles droit dans le monde réel ? Par instants, j’oublie la pitié où je suis tombée : lui me rendra forte, nous voyagerons, nous chasserons dans les déserts, nous dormirons sur les pavés des villes inconnues, sans soins, sans peines. Ou je me réveillerai, et les lois et les mœurs auront changé, — grâce à son pouvoir magique, — le monde, en restant le même, me laissera à mes désirs, joies, nonchalances. Oh ! la vie d’aventures qui existe dans les livres des enfants, pour me récompenser, j’ai tant souffert, me la donneras-tu ? Il ne peut pas. J’ignore son idéal. Il m’a dit avoir des regrets, des espoirs : cela ne doit pas me regarder. Parle-t-il à Dieu ? Peut-être devrais-je m’adresser à Dieu. Je suis au plus profond de l’abîme, et je ne sais plus prier.
 
. . « S’il m’expliquait ses tristesses, les comprendrais-je plus que ses railleries ? Il m’attaque, il passe des heures à me faire honte de tout ce qui m’a pu toucher au monde, et s’indigne si je pleure.
 
. . « — Tu vois cet élégant jeune homme, entrant dans la belle et calme maison : il s’appelle Duval, Dufour, Armand, Maurice, que sais-je ? Une femme s’est dévouée à aimer ce méchant idiot : elle est morte, c’est certes une sainte au ciel, à présent. Tu me feras mourir comme il a fait mourir cette femme. C’est notre sort, à nous, cœurs charitables… » Hélas ! il avait des jours où tous les hommes agissant lui paraissaient les jouets de délires grotesques : il riait affreusement, longtemps. — Puis, il reprenait ses manières de jeune mère, de sœur aimée. S’il était moins sauvage, nous serions sauvés ! Mais sa douceur aussi est mortelle. Je lui suis soumise. — Ah ! je suis folle !
 
. . « Un jour peut-être il disparaîtra merveilleusement ; mais il faut que je sache, s’il doit remonter à un ciel, que je voie un peu l’assomption de mon petit ami ! »
 
. . Drôle de ménage !
 
Submitted by Guernes on Thu, 02/11/2017 - 18:48
Last edited by Guernes on Thu, 09/11/2017 - 17:50
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Chinese translation

妄想狂 – I – 疯狂的童女

地狱中的丈夫
 
. . 请听一个地狱里的伙伴的忏悔:
 
. . “噢,神圣的丈夫,我的主,请不要拒绝您的最忧伤的女仆的忏悔。我已迷失,我已厌倦,我并不纯洁。这是怎样的生命!
 
. . “宽恕我,圣主,请宽恕!啊!请宽恕我!让泪水暴涌!我希望日后还有更多的泪水涌现!
 
. . “此后,我将认识神圣的丈夫!我生来就是为了服从他的意旨。——现在,我可以任人抽打!
 
. . “现在,我身处世界的底层!噢,我的女友!……不,不是我的女友……再没有妄想,再没有这样的酷刑……这太愚蠢了!
 
. . “啊!我忍受,我叫喊。我着实忍受着。反正我什么都能做,并忍受着卑鄙灵魂的蔑视。
 
. . “最终,让我们吐露真情,即使重复说上二十遍,——也一样地忧伤,一样地毫无意义!
 
. . “我是地狱中丈夫的奴隶,他失去了疯狂的童女。正是这个魔鬼。他不是幽灵,也不是幻影。可我丧失了德行,被判入地狱,在人间我已死去,——人们不能再杀我!——我怎么对您说呢!我连话也不会说了。我披麻戴孝,我哭,我怕。给我一点清凉吧,主啊,如果您愿意,就行行好吧!
 
. . “我是寡妇……我从前就是寡妇……——但是,我从前活得认真严肃,我生来并不是为了变成朽骨!……——他那时几乎是个孩子……他神秘的温情深深诱惑着我。为了跟随他,我忘却了一切做人的责任。这是怎样的生命!真正的生命并不存在。我们不在这个世界。我跟随他,应当如此。可他常对我发火。我啊,这可怜的灵魂。魔鬼!——他是个魔鬼,您知道,他不是人。
 
. . “他说:‘我不爱女人。谁都知道,爱情需要重新发明创造。而女人别的不会,只是一心想占据一个可靠的位置。赢得了位置,心灵和美就抛到一边:而今只剩下冰冷的蔑视,婚姻的食粮。或者是我见过的带有幸福标记的女人,我呢,本来可以和她们成为好同志,可她们一上来就像一堆干柴,被敏感的野火吞噬……’
 
. . “我听出他把无耻当做光荣,残忍当做魅力。‘我是遥远的种族,我的祖先们生活在斯堪的纳维亚半岛:他们刺穿自己的肋骨,喝自己的血。——我要在我的全身开满伤口,给自己浑身刺满花纹。我要把自己变得像个蒙古人一样面目狰狞:你看着吧,我要去街上尖叫,我将变得疯疯癫癫。千万别让我看见任何珠宝,否则我会在地毯上爬行,扭曲自己。我的财宝,我都要用鲜血浸染。我再也不去干活……’有许多个夜晚,他的魔鬼缠住了我,我们在地上翻滚,我和他搏斗!——他常常在夜里喝醉,站在街上,或是屋里,吓得我魂飞魄散。——‘真有人想割断我的脖子;实在卑鄙。’噢!在这样的时候,他总想带着罪恶的神情出去走走!
 
. . “有时,他也用温软的隐语谈论令人懊丧的死亡、确实存在的不幸的人们、繁重的劳作、撕心裂肺的离别。在我们喝得醉醺醺的低级小酒店里,他看着周围的人如同受苦受难的牲畜,不禁潸然流泪。他在黑漆漆的街道上扶起醉汉。他的同情心如同一个邪恶的母亲对待自己的幼儿。——他出门时心怀善意,如同一个少女去上教理课时的心情。——他装作对一切都很灵通:商业、艺术、医学。——我跟随他,理应如此。
 
. . “我看清了他精神上的所有装饰,他身边的衣物、床单、家具:我借给他的武器是另一副面孔。我见过他所接触的一切,就好像他要为他自己创造出这些。当我感觉到他精神消沉的时候,我依然跟随他,远远地,做一些奇怪而复杂的事情,好事或坏事:我肯定自己从未进入他的世界。有多个不眠之夜,我守在他亲切、熟睡的身体旁边,寻思着他为什么也要逃避现实。从来没有人有过同样的心愿。我重新认识到——并不为他担惊受怕——他可能对社会造成严重危害。 ——他或许掌握了改变生活的秘诀?不,他只是寻求而已,我反驳自己。最终,他的仁慈令人着魔,而我于是成了它的囚徒。其他任何灵魂都没有这种力量——绝望的力量!——为了支撑灵魂,——为了得到他的保护、他的爱。况且,我也无法想象一个别的灵魂和他并存:一个人看见他的天使,就不可能再有一个别的天使,——我相信。我在他的灵魂中就像在宫殿里,殿内空空,因为人们不想看见一个像你一样卑贱的人:就是这样。哎呀!我过去太依赖他。可是,和我这样平庸、软弱的人在一起,他想要什么呢?如果他没有将我置之死地,至少也没有使我变得更好。我又气又恨,有时就对他说:‘我理解你。’他耸耸肩膀。
 
. . “就这样,我的忧伤与日俱增,在我看来,我已在迷途中越陷越深,——所有关注我的人也都会这么认为,如果我不被判入地狱而永远被人遗忘!——我越来越渴望他的善意。他的亲吻和亲切拥抱曾是一片天空,一片阴忧的天空,我进入其中,并愿意留在那里,任自己贫穷、聋哑、失明。我已习惯这一切。我觉得我们就像两个自由自在的好孩子,在忧伤的天堂里漫步。我们协调一致。怀着激动的心情,我们一起劳动。然而,在一次沁人心脾的爱抚之后,他说:‘等我消失了,你回想自己经历的这一切,会觉得很可笑。当你的颈下再没有我的手臂,再没有我的心让你休息,再没有我的嘴唇吻你的眼睛。因为有一天我必定会远远地离去。因为我应该去帮助别的人:这是我的责任。尽管这并不那么有趣……亲爱的灵魂……’他离去的时刻,我感到一阵眩晕,顿时陷入最可怕的阴影:死亡。我让他许诺,永不抛弃我。这情人的诺言,他重复了二十遍,可毫无意义,就像我一次次对他说:‘我理解你。’
 
. . “啊,对他,我从不嫉妒。他不会离开我,我相信。可将来如何?他没有知识,也不会去工作。他愿意像一个梦游者一样生活。难道惟有他的善意和仁慈能在这现实世界给予他权利?有时,我忘却了自己一向倾心的怜悯:他会使我变得更坚强。我们将一同去沙漠上旅行、狩猎,一起睡在陌生城市的石子路 上,无牵无挂,无忧无虑。或许等我一觉醒来,法律和风土人情都已变迁,——由于他的魔力,——世界还像从前一样让我欢乐、闲散、随心所欲。噢,我受了那么多苦,作为奖赏,你肯将儿童书本中的未来赐予我吗?他不能。我不明白他的理想。他告诉我有悔恨,也有希望:可这与我无关。他也在对上帝说话?也许是我应该向上帝询问。我在最深的深渊里,不知如何祈祷。
 
. . “如果他向我解释他的忧郁,比起听他的嘲弄,我会有更深的理解?他不遗余力地攻击我,让我对我所接触到的世上的一切感到羞耻,如果我哭,他更加愤怒。
 
. . “‘你瞧这个温文尔雅的年轻人走进一间美丽而宁静的房屋:他的名字叫杜瓦勒、杜福尔、阿尔芒、莫里斯,我怎么知道?一个女人全身心地爱上了这个可恶的白痴:她死了,她现在一定成了一位天国圣女。你将使我死去,就像他把那个女人折磨死。这就是我们的命运,命中注定,仁慈的心……’哎呀!有一段日子,所有行动着的人在他看来都是奇形怪状的玩具:他长时间地大笑,笑得很可怕。——而后他又恢复了柔情,仿佛一位年轻的母亲,亲爱的姐妹。如果他不那么粗野,我们都会得救!然而他的柔情也同样致命。我对他百依百顺。——啊!我真疯了!
 
. . “有一天,或许他会奇妙地消失,那时我该知道,他是否重登天宇,我多想看见我的爱人升天!”
 
. . 一对奇怪的夫妻!
 
Submitted by Guernes on Mon, 13/11/2017 - 20:00
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