Métamorphose du mal (Sit15 - Verwandlung des Bösen)

French translation

Métamorphose du mal

2ème version
 
. . Automne : avancée noire à l’orée du bois ; minute de dévastation muette ; attentif sous l’arbre nu, le front d’un lépreux. Dernier soir qui fut et qui maintenant disparaît sous les gradins de mousse ; novembre. Une cloche sonne et le berger conduit au village un troupeau de chevaux noirs et rouges. Un chasseur vert sous les noisetiers éviscère un gibier. Ses mains fument de sang et l’ombre de la bête gémit dans le feuillage, brune et taciturne au-dessus des yeux de l’homme ; la forêt. Ce sont des corneilles qui se dispersent ; trois. Leur vol compose une sonate, remplie d’accords défunts d’une mélancolie virile. Léger un nuage d’or se délite. Près du moulin, des garçons allument un feu. Flamme est le frère du plus blême, et c’est son rire qui s’enfouit dans ses cheveux pourpres ; ou c’est un lieu de meurtre, par un chemin pierreux incontournable. Les épines-vinettes ont disparues ; au fil des ans, cela rêve dans l’air de plomb sous les pins ; Obscurité verte, angoisse, les gargouillis d’un noyé ; hors de l’étang aux étoiles le pêcheur tire un grand poisson noir, le visage plein de cruauté et de folie. Les voix des roseaux, des hommes qui se querellent derrière lui, sur une barque rouge se ballant, sur les eaux glacées de l’automne, il revit les sombres légendes de sa race, avec des yeux de pierre écarquillés sur les nuits et les terreurs des vierges. Le mal.
 
. . Qu’est-ce qui t’oblige à rester sur les marches, immobile, dans la maison de tes pères ? Noirceur de plomb. Que lèves-tu devant tes yeux, d’une main d’argent, quand s’affaissent tes paupières, ivres de pavot ? Mais tu vois par le travers du mur de pierre le ciel étoilé, la Voie Lactée, Saturne ; rouge. Avec rage, contre le mur de pierre, frappe l’arbre dénudé. Et tu es là, sur les marches délabrées : arbre, étoile, pierre ! Toi, une bête bleue qui tremble doucement ; toi, le prêtre blême qui l’égorge, sur l’autel noir. Ô ton sourire, si méchant et triste dans l’obscurité qu’un enfant pâlit dans son sommeil. Une flamme rouge est sortie de ta main et un papillon de nuit est venu s’y brûler. Ô flûte de lumière ; ô flûte de mort. Qu’est-ce qui t’obligeait à rester sur les marches, immobile, dans la maison de tes pères ? En bas, un ange frappe à la porte de son doigt de cristal.
 
. . Ô l’enfer du sommeil ; sombre ruelle, ouche brune. Doucement s’inscrit dans le soir bleu la figure d’une morte. De petites fleurs vertes volettent autour d’elle et son visage l’a quittée. Ou bien il se penche, flétri, sur le front gelé du meurtrier dans l’ombre du vestibule. Adoration, flamme pourpre de la volupté ; s’en allant mourir, le dormeur tomba dans l’obscurité sur les marches noires.
 
. . Quelqu’un t’a laissé à la croisée du chemin et pendant longtemps tu regardes en arrière. D’argent, les pas dans l’ombre des petits pommiers rabougris. Pourpre fulgure le fruit dans les branchages noirs, et le serpent fait sa mue dans l’herbe. Ô ! L’obscurité ; sur le front glacé la sueur qui coule et dans le vin les rêves tristes, à l’auberge du village, sous les poutres noircies de fumée. Toi, encore sauvage et qui, en îles roses par magie, change les nuées brunes du tabac, qui dans les profondeurs va chercher le cri sauvage d’un griffon, quand il chasse par mer, tempêtes et glaces, contre les falaises noires. Toi, un vert métal avec au-dedans un visage de feu, qui veut t’en aller et chanter les temps sombres de la colline aux ossements et la chute ardente de l’ange. Ô ! Désespoir qui tombe à genoux avec un cri muet.
 
. . Un mort te rend visite. De son cœur ruisselle le sang que lui-même a fait couler, et dans ses sourcils noirs se niche un clin d’œil indicible ; sombre rencontre. Toi – une lune pourpre, comme celui-là qui paraît dans l’ombre verte de l’olivier. Et que suit une nuit impérissable.
 
Submitted by Guernes on Mon, 13/03/2017 - 20:42
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© Christian Guernes

German

Sit15 - Verwandlung des Bösen

2. Fassung
 
. . Herbst: schwarzes Schreiten am Waldsaum; Minute stummer Zerstörung; auflauscht die Stirne des Aussätzigen unter dem kahlen Baum. Langvergangener Abend, der nun über die Stufen von Moos sinkt; November. Eine Glocke läutet und der Hirt führt eine Herde von schwarzen und roten Pferden ins Dorf. Unter dem Haselgebüsch weidet der grüne Jäger ein Wild aus. Seine Hände rauchen von Blut und der Schatten des Tiers seufzt im Laub über den Augen des Mannes, braun und schweigsam; der Wald. Krähen, die sich zerstreuen; drei. Ihr Flug gleicht einer Sonate, voll verblichener Akkorde und männlicher Schwermut; leise löst sich eine goldene Wolke auf. Bei der Mühle zünden Knaben ein Feuer an. Flamme ist des Bleichsten Bruder und jener lacht vergraben in sein purpurnes Haar; oder es ist ein Ort des Mordes, an dem ein steiniger Weg vorbeiführt. Die Berberitzen sind verschwunden, jahrlang träumt es in bleierner Luft unter den Föhren; Angst, grünes Dunkel, das Gurgeln eines Ertrinkenden: aus dem Sternenweiher zieht der Fischer einen großen, schwarzen Fisch, Antlitz voll Grausamkeit und Irrsinn. Die Stimmen des Rohrs, hadernder Männer im Rücken schaukelt jener auf rotem Kahn über frierende Herbstwasser, lebend in dunklen Sagen seines Geschlechts und die Augen steinern über Nächte und jungfräuliche Schrecken aufgetan. Böse.
 
. . Was zwingt dich still zu stehen auf der verfallenen Stiege, im Haus deiner Väter? Bleierne Schwärze. Was hebst du mit silberner Hand an die Augen; und die Lider sinken wie trunken von Mohn? Aber durch die Mauer von Stein siehst du den Sternenhimmel, die Milchstraße, den Saturn; rot. Rasend an die Mauer von Stein klopft der kahle Baum. Du auf verfallenen Stufen: Baum, Stern, Stein! Du, ein blaues Tier, das leise zittert; du, der bleiche Priester, der es hinschlachtet am schwarzen Altar. O dein Lächeln im Dunkel, traurig und böse, daß ein Kind im Schlaf erbleicht. Eine rote Flamme sprang aus deiner Hand und ein Nachtfalter verbrannte daran. O die Flöte des Lichts; o die Flöte des Tods. Was zwang dich still zu stehen auf verfallener Stiege, im Haus deiner Väter? Drunten ans Tor klopft ein Engel mit kristallnem Finger.
 
. . O die Hölle des Schlafs; dunkle Gasse, braunes Gärtchen. Leise läutet im blauen Abend der Toten Gestalt. Grüne Blümchen umgaukeln sie und ihr Antlitz hat sie verlassen. Oder es neigt sich verblichen über die kalte Stirne des Mörders im Dunkel des Hausflurs; Anbetung, purpurne Flamme der Wollust; hinsterbend stürzte über schwarze Stufen der Schläfer ins Dunkel.
 

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