Please translate La ralentie

  • Artista: Henri Michaux
  • Album: Plume, précédé de Lointain Intérieur (1938)
  • Canzone: La ralentie
  • Richiesta: Francese → Italiano
Francese

La ralentie

. . Ralentie, on tâte le pouls des choses ; on y ronfle ; on a tout le temps ; tranquillement, toute la vie. On gobe les sons, on les gobe tranquillement ; toute la vie. On vit dans son soulier. On y fait le ménage. On a plus besoin de se serrer. On a tout le temps. On déguste. On rit dans son poing. On ne croit plus qu'on sait. On n'a plus besoin de compter. On est heureuse en buvant ; on est heureuse en ne buvant pas. On fait la perle. On est, on a le temps. On est la ralentie. On est sortie des courants d'air. On a le sourire du sabot. On n'est plus fatiguée. On n'est plus touchée. On a des genoux au bout des pieds. On n'a plus honte sous la cloche. On a vendu ses monts. On a posé son œuf, on a posé ses nerfs.

. . Quelqu'un dit. Quelqu'un n'est plus fatigué. Quelqu'un n'écoute plus. Quelqu'un n'a plus besoin d'aide. Quelqu'un n'est plus tendu. Quelqu'un n'attend plus. L'un crie. L'autre obstacle. Quelqu'un roule, dort, coud, est-ce toi, Lorellou?

. . Ne peut plus, n'a plus part à rien, quelqu'un.

. . Quelque chose contraint quelqu'un.

. . Soleil, ou lune, ou forêts, ou bien troupeaux, foules ou villes, quelqu'un n'aime pas ses compagnons de voyages. N'a pas choisi, ne reconnaît pas, ne goûte pas.

. . Princesse de marée basse a rendu ses griffes ; n'a plus le courage de comprendre; n'a plus le cœur à avoir raison.

.
... Ne résiste plus. Les poutres tremblent et c'est vous. Le ciel est noir et c'est vous. Le verre casse et c'est vous.

. . On a perdu le secret des hommes.

. . Ils jouent la pièce « en étranger ». Un page dit « Beh » et un mouton lui présente un plateau. Fatigue ! Fatigue ! Froid Partout!

. . Oh ! Fagots de mes douze ans, où crépitez-vous maintenant ?

.
. . On a son creux ailleurs.

. . On a cédé sa place à l'ombre, par fatigue, par goût du rond. On entend au loin la rumeur de l'Asclépiade, la fleur géante.

... ou bien une voix soudain vient vous bramer au cœur.

. . On recueille ses disparus, venez, venez.

. . Tandis qu'on cherche sa clef dans l'horizon, on est la noyée au cou, qui est morte dans l'eau irrespirable.

. . Elle traîne. Comme elle traîne ! Elle n'a cure de nos soucis. Elle a trop de désespoir. Elle ne se rend qu'à sa douleur. Oh misère, oh, martyre, le cou serré sans trêve par la noyée.

.
. . On sent la courbure de la terre. On a désormais les cheveux qui ondulent naturellement. On ne trahit plus le sol, on ne trahit plus l'ablette, on est la sœur par l'eau et par la feuille. On n'a plus le regard de son œil, on n'a plus la main de son bras. On n'est plus vaine. On n'envie plus. On n'est plus enviée.

. . On ne travaille plus. Le tricot est là, tout fait, partout.

. . On a signé sa dernière feuille, c'est le départ des papillons.

.
. . On ne rêve plus. On est rêvée. Silence.

. . On n'est plus pressée de savoir.

. . C'est la voix de l'étendue qui parle aux ongles et à l'os.

. . Enfin chez soi, dans le pur, atteinte du dard de la douceur.

. . On regarde les vagues dans les yeux. Elles ne peuvent plus tromper. Elles se retirent déçues du flanc du navire. On sait, on sait les caresser. On sait qu'elles ont hontes, elles aussi.

. . Épuisées, comme on les voit, comme on les voit désemparées !

.
. . Une rose descend de la nue et s'offre au pèlerin ; parfois, rarement, combien rarement. Les lustres n'ont pas de mousse, ni le front de musique.

. . Horreur ! Horreur sans objet !

. . Poches, cavernes toujours grandissantes.
. . Loques des cieux et de la terre, monde avalé sans profit, sans goût, et sans rien que pour avaler.

. . Une veilleuse m'écoute. « Tu dis, fait-elle, tu dis la juste vérité, voilà ce que j'aime en toi. » Ce sont les propres paroles de la veilleuse.

.
. . On m'enfonçait dans des cannes creuses. Le monde se vengeait. On m'enfonçait dans des cannes creuses, dans des aiguilles de seringues. On ne voulait pas me voir arriver au soleil où j'avais pris rendez-vous.

. . Et je me disais : « Sortirai-je ? Sortirai-je ? Ou bien ne sortirai-je jamais ? Jamais ? » Les gémissements sont plus forts loin de la mer, comme quand le jeune homme qu'on aime s'éloigne d'un air pincé.

. . Il est d'une grande importance qu'une femme se couche tôt pour pleurer, sans quoi elle serait trop accablée.

. . À l'ombre d'un camion pouvoir manger tranquillement. Je fais mon devoir, tu fais le tien et d'attroupement nulle part.

. . Silence ! Silence ! Même pas vider une pêche. On est prudente, prudente.

. . On ne va pas chez le riche. On ne va pas chez le savant. Prudente, lovée dans ses anneaux.

. . Les maisons sont des obstacles. Les déménagements sont des obstacles. La fille de l'air est un obstacle.

. . Rejeter, bousculer, défendre son miel avec son sang, évincer, sacrifier, faire périr... Pet parmi les aromates renverse bien des quilles.

. . Oh, fatigue, effort de ce monde, fatigue universelle, inimitié !

.
. . Lorellou, Lorellou, j'ai peur... Par moments l'obscurité, par moments les bruissements.

. . Écoute. J'approche des rumeurs de la mort.

. . Tu as éteint toutes mes lampes.

. . L'air est devenu tout vide Lorellou.

. . Mes mains, quelle fumée ! Si tu savais... Plus de paquets, plus porter, plus pouvoir. Plus rien, petite.

. . Expérience : misère ; qu'il est fou le porte-drapeau.

... et il y a toujours le détroit à franchir.

. . Mes jambes, si tu savais, quelle fumée !

. . Mais j'ai sans cesse ton visage dans la carriole...

.
. . Avec une doublure de canari, ils essayaient de me tromper. Mais moi, sans trêve, je disais : « Corbeau! Corbeau ! » Ils se sont lassés.

. . Écoute, je suis plus qu'à moitié dévorée. Je suis trempée comme un égout.

. . Pas d'année, dit grand-père, pas d'année où je vis tant de mouches. Et il dit la vérité. Il l'a dit sûrement... Riez, riez, petits sots, jamais ne comprendrez que de sanglots il me faut pour chaque mot.

.
. . Le vieux cygne n'arrive plus à garder son rang sur l'eau.

. . Il ne lutte plus, Des apparences de lutte seulement.

. . Non, oui, non. Mais oui, je me plains. Même l'eau soupire en tombant.

. . Je balbutie, je lape la vase à présent. Tantôt l'esprit du mal, tantôt l'événement... J'écoutais l'ascenseur. Tu te souviens, Lorellou, tu n'arrivais jamais à l'heure.

. . Forer, forer, étouffer, toujours la glacière-misère. Répit dans la cendre, à peine, à peine ; à peine on se souvient.

. . Entrer dans le noir avec toi, comme c'était doux, Lorellou...

. . Ces hommes rient. Ils rient.
. . Ils s'agitent. Au fond, ils ne dépassent pas un grand silence.
. . Ils disent « là ». Ils sont toujours « ici ».
. . Pas fagotés pour arriver.
. . Ils parlent de Dieu, mais c'est avec leurs feuilles.
. . Ils ont des plaintes. Mais c'est le vent.
. . Ils ont peur du désert.

... Dans la poche du froid et toujours la route aux pieds.

. . Plaisirs de l'Arragale, vous succombez ici. En vain tu te courbes, tu te courbes, son de l'olifant, on est plus bas, plus bas...

. . Dans le souterrain, les oiseaux volèrent après moi, mais je me retournai et dis : « Non. Ici, souterrain. Et la stupeur est son privilège. »

. . Ainsi je m'avançai seule, d'un pas royal.

. . Autrefois, quand la Terre était solide, je dansais, j'avais confiance. À présent, comment serait-ce possible ? On détache un grain de sable et toute la plage s'effondre, tu sais bien.

. . Fatiguée on pèle du cerveau et on sait qu'on pèle, c'est le plus triste.

. . Quand le malheur tire son fil, comme il découd, comme il découd !

.
. . « Poursuivez le nuage, attrapez-le, mais attrapez-le donc », toute la ville paria, mais je ne pus l'attraper. Oh, je sais, j'aurai pu... un dernier bond... mais je n'avais plus le goût. Perdu l'hémisphère, on n'est plus soutenue, on n'a plus le cœur à sauter. On ne trouve plus les gens où ils se mettent. On dit : « Peut-être. Peut-être bien », on cherche seulement à ne pas froisser.

. . Écoute, je suis l'ombre d'une ombre qui s'est enlisée.

. . Dans tes doigts, un courant si léger, si rapide, où est-il maintenant... où coulaient des étincelles. Les autres ont des mains comme de la terre, comme un enterrement.

. . Juana, je ne puis rester, je t'assure. J'ai une jambe de bois dans la tirelire à cause de toi. J'ai le cœur crayeux, les doigts morts à cause de toi.

. . Petit cœur en balustrade, il fallait me retenir plus tôt. Tu m'as perdu ma solitude. Tu m'as arraché le drap. Tu as mis en fleur mes cicatrices.

.
. . Elle a pris mon riz sur mes genoux. Elle a craché sur mes mains.

. . Mon lévrier a été mis dans un sac. On a pris la maison, entendez-vous, entendez-vous le bruit qu'elle fit, quand à la faveur de l'obscurité, ils l'emportèrent, me laissant dans le champ comme une borne. Et je souffris grand froid.

. . Ils m'étendirent sur l'horizon. Ils ne me laissèrent plus me relever. Ah ! Quand on est pris dans l'engrenage du tigre...

. . Des trains sous l'océan, quelle souffrance ! Allez, ce n'est plus être au lit, ça. On est princesse ensuite, on l'a mérité.

. . Je vous le dis, je vous le dis, vraiment là où je suis, je connais aussi la vie. Je la connais. Le cerveau d'une plaie en sait des choses. Il vous voit aussi, allez, et vous juge tous, tant que vous êtes.

.
. . Oui, obscur, obscur, oui inquiétude. Sombre semeur. Quelle offrande ! Les repères s'enfuirent à tire d'aile. Les repères s'enfuient à perte de vue, pour le délire, pour le flot.

. . Comme ils s'écartent, les continents, comme ils s'écartent pour nous laisser mourir ! Nos mains chantant l'agonie se desserrèrent, la défaite aux grandes voiles passa lentement.

. . Juana ! Juana ! Si je me souviens... Tu sais quand tu disais, tu sais, tu le sais pour nous deux, Juana ! Oh ! Ce départ ! Mais pourquoi ? Pourquoi ? Vide ? Vide, vide, angoisse ; angoisse, comme un seul grand mât sur la mer.

. . Hier, hier encore ; hier, il y a trois siècle ; hier, croquant ma naïve espérance ; hier, sa voix de pitié rasant le désespoir, sa tête soudain rejetée en arrière, comme un hanneton renversé sur les élytres, dans un arbre qui subitement s'ébroue au vent du soir, ses petits bras d'anémone, aimant sans serrer, volonté comme l'eau tombe...

. . Hier, tu n'avais qu'à étendre un doigt, Juana ; pour nous deux, pour nous deux, tu n'avais qu'à étendre un doigt.

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1937

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