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Édith Piaf - Le Chacal

French
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Le Chacal

C'était un type phénoménal,
On l'avait surnommé le Chacal,
Un grand, aux épaules magnifiques.
L'air d'un sauvage, un peu crâneur.
Il avait décroché mon cœur
Comme ça, d'un petit rire ironique.
Le soir à l'heure de l'apéro
Il s'amenait dans notre bistro,
Toujours tout seul, sans un copain
En sifflotant un drôle de refrain.
 
Pan Pan l'Arbi... C'est le Chacal qu'est par ici1.
Il se mettait au bout du comptoir,
Le regard perdu comme sans rien voir.
J'attendais toujours qu'il me cause,
Qu'il remue un peu, qu'il fasse quelque chose
Mais il restait indifférent
En sifflotant entre ses dents :
Pan Pan l'Arbi... C'est le Chacal qu'est par ici.
 
Personne connaissait son boulot
Et on parlait derrière son dos.
On disait : « Qu'est ce qu'il manigance ? »
Les hommes le regardaient par en-dessous.
Les femmes lui faisaient les yeux doux.
Parfois y avait de grands silences.
La peur montait dans les cerveaux.
« C'est peut-être un flic, ce gars costaud ? »
Mais lui souriait avec dédain
Et leur crachait toujours son refrain.
Pan Pan l'Arbi... C'est le Chacal qu'est par ici.
 
Les mains dans les poches du veston,
Il semblait dire : « Venez-y donc ! »
J'attendais toujours qu'il leur cause,
Qu'il remue un peu, qu'il fasse quèque chose
Mais il restait indifférent
En sifflotait entre ses dents :
Pan Pan l'Arbi... C'est le Chacal qu'est par ici.
 
Et puis un soir qu'il faisait très chaud,
Que les nerfs étaient à fleur de peau
Et que ça sentait partout l'orage,
Comme il gueulait son sacré refrain
Un homme sur lui leva la main,
Alors il bondit pris de rage.
Il s'est battu sans dire un mot
Mais eux les lâches, ils étaient trop...
Alors bien sûr je l'ai vu tomber,
Et là seulement il a parlé :
 
Pan Pan l'Arbi,
pour le Chacal je crois que c'est fini.
Il était là, couché sur le dos.
Jamais je ne l'avais vu si beau.
Il avait froid, comme de la fièvre,
Mais j'ai voulu goûter ses lèvres
Au moins une fois, car je l'aimais !
On a jamais su ce qu'il cherchait
Pan Pan l'Arbi,
Plus de Chacal... C'était fini...
 
  • 1. Cette ligne était chantée dans la version initiale de 1937 mais est supprimée dans les interprétations plus récentes. Elle provient du refrain d'un chant de marche des Zouaves de l'Armée d'Afrique, surnommés "chacals" comme on appelle les fusillers marins des "marsouins" par exemple
Thanks!
Submitted by DD OiseauDD Oiseau on Sat, 22/02/2014 - 22:39
Last edited by silencedsilenced on Thu, 01/10/2020 - 23:57
Submitter's comments:

Elle prononce comme on parle, par exemple "c'est p'têt un flic" pour "c'est peut-être un flic" ou "quèq" pour "quelque".
J'ai remis le texte en français standard parce que j'ai pensé que, à force de mettre des apostrophes partout (dont la moitié ne servent à rien puisque certaines voyelles sont toujours muettes) et de déformer les mots, ça devenait pénible à lire pour quelqu'un qui ne maîtrise pas le français.

 

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Comments
Natur ProvenceNatur Provence    Thu, 01/10/2020 - 18:56

Ma question était plutôt ironique. Je sais qu'une partie des Zouaves a été dissous après la guerre d'Algerie ([@jadis] Cette guerre a été nommée "officiellement" seulement "évenement"; Ne qu'en 1999 - il y a 21 ans - on a reconnue par la France, qu'il s'agissait bien d'une guerre).
Mais les Zouaves étaient une partie de la légion et appartenaient à l'armée francaise de l'Afrique:
"Créé en 1831 pour permettre l'incorporation de soldats étrangers dans l'Armée française, une partie de ses unités a fait partie, jusqu'en 1962, fin de la période coloniale, du 19e corps d'armée, noyau de l'armée d'Afrique!
(source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Légion_étrangère )
Et ca dit dit beaucoup, de tenir un zouave pour un imbécile: C'est sûrement pas un francais blanc, mais un "indigène".
Je reste sur mon interpretation de la chanson et remercie vous car je devais m'occuper un peu plus que normal avec l'histoire de la France.

silencedsilenced    Thu, 01/10/2020 - 20:46

Je n'ai rien de mieux que wiki là-dessus. je ne suis pas expert en troupes coloniales.

Mais de toute façon en 1936 les Arabes n'étaient pas citoyens français, et considérés à peine mieux que des chiens ou des chevaux. Il n'était pas question qu'un Arabe s'installe à Paris comme un Français lambda, ni aille boire un verre dans un bar de banlieue. Il y avait environ 200 000 "indigènes d'Afrique" en France mais il n'y avait pas de mélange.

J'étais tenté de parler du camp d'Argelès, mais à quoi bon ? Même leur mémorial n'est qu'un exercice de langue de bois. Moi j'ai entendu la mère d'une copine me parler de déterrer des pelures de patates d'un tas d'ordure pour en faire de la soupe. Peu importe, c'est déjà oublié.

Pourtant c'étaient des Espagnols, nos voisins. Mais ils ne valaient pas mieux que des Arabes.
Avant la guerre c'était comme au moyen-âge. Les pas de chez nous on en veut pas, et pis c'est tout.

PaotrLaouenPaotrLaouen    Thu, 01/10/2020 - 20:16

Non, mais c'est un (mauvais) gag ou quoi?
Pourquoi 1831? La création des régiments de Zouaves n'a rien à voir avec cette histoire!
Bien sûr qu'il y a une référence à cette formation, puisqu'on a un refrain militaire qui revient sans cesse à 'arrière-plan, comme dans "la Forza del Destino" (ou le "Bal masqué", que je préfère). Et comme les Zouaves portent le surnom de "Chacals", ça explique tout.
Reprenons tout, une fois de plus, pour ceux du fond de la classe qui n'écoutent jamais rien:
C'est un type paumé. Il a été dans l'Armée (certainement plus que pour son service), chez les Zouaves. Il ne desserre pas les dents, sauf pour siffloter l'air de marche de son ancien régiment. En raison de ses antécédents militaires et de sa chanson favorite, on l'a surnommé "le Chacal", un surnom qu'il assume lui-même, d'après ses derniers mots. Il ne fait rien; mais son air mystérieux et sa stature terrorisent la clientèle du bistrot où il a pris ses habitudes. Et puis un jour, un mot de trop, et la bagarre éclate. Ils lui sautent tous sur le râble, et en dépit de sa carrure il succombe sous le nombre. Une fille, habituée elle aussi de ce bistrot, assiste à la scène, et la fin tragique lui déchire le coeur: elle avoue qu'elle avait le béguin pour ce type.
Voilà: rien de plus, rien de moins; et tout le reste n'est que fantasmes délirants.

silencedsilenced    Thu, 01/10/2020 - 20:37

Pas la peine de se fâcher Regular smile Ça arrive de rester bloqué sur une idée.

[@Natur Provence] Je t'assure que tu fais fausse route. Ce personnage ne peut pas être arabe. Non seulement ce n'est pas logique par rapport à la chanson, comme l'explique en détail Paotr, mais c'est totalement incompatible avec la mentalité qui régnait en 1937.

Imagine plutôt une chanson de Kurt Weil comme "Surabaya Johnny"'. C'est cette ambiance-là. La poésie des bas-fonds, si on peut dire, avec les colonies comme élément de décor, pour rajouter un peu d'exotisme.

PaotrLaouenPaotrLaouen    Thu, 01/10/2020 - 20:38

Je m' fâche pas, Germaine. J'explique (Bedos? ou qui?)

Natur ProvenceNatur Provence    Thu, 01/10/2020 - 20:43

Mon dernier mot du fond de la classe: Si le texte a un sens, pourquoi ce titre, l'air et le meurtre ?
Ton résumé est bien, mais fait d'une belle histoire une banalité, dommage.

PaotrLaouenPaotrLaouen    Thu, 01/10/2020 - 20:50

Il y a clairement du non-dit là-dedans. Pourquoi cette bagarre a-t-elle éclaté?... Mais c'est justement ce caractère elliptique qui est supposé faire (et qui fait) l'intérêt de la chanson. C'était un procédé littéraire bien connu des paroliers de cette époque.

silencedsilenced    Thu, 01/10/2020 - 20:59

- un beau ténébreux plein de mystère qui sent bon le sable chaud
- une fille qui meurt d'amour et lui qui ne la voit même pas
- une mort tragique où l'amour est avoué, mais trop tard
Le reste on s'en fiche Regular smile

PaotrLaouenPaotrLaouen    Thu, 01/10/2020 - 17:40

"Arbi" est tout de même étiqueté comme "péjoratif" par le TLF. Quoi qu'il en soit, le mot esi ici uns simple citation (du texte de la marche des Zouaves); et de plus, il n'est pas prononcé.
Et pour pousser à la roue, un Arabe n'aurait jamais chanté "pan pan l'Arbi!"

silencedsilenced    Thu, 01/10/2020 - 17:52

On est bien d'accord. Il aurait même eu du mal à rentrer dans le bistro Regular smile

Natur ProvenceNatur Provence    Thu, 01/10/2020 - 15:30

Voici le texte des régiments zouaves:
Sous le soleil brûlant de l'Algérie,
Notre Etendard flottait calme et vainqueur.
Au cri d'appel de la mer Patrie,
Du nord, il vole affronter la rigueur.
Va ! déployer au vent de la Crimée
Tes plis sacrés, ô mon noble drapeau,
Déjà noirci de poudre et de fumée
Au premier rang, tu seras le plus beau.

Refrain:
Hourra ! Hourra ! mon brave régiment!
Le canon résonne et le clairon sonne!
Hourra! Hourra! Zouaves en avant! Hourra! Hourra! En avant! En avant!
Pan ! pan ! l'arbi ! Les chacals sont par ici.
Les chacals, ces vaillants guerriers,
Qui ne laissaient pas les colons nu-pieds.
Cinquante sous la paire de souliers.
Approchez, v'nez prés des quartiers :
Vous y trouverez aussi des sous-pieds
Qui sont payés

Sans crainte, amis, on peut fouler la terre
Qui, tôt ou tard doit recouvrir nos corps
Lorsqu'on sent là, seul bien du militaire,
Un corps royal, une âme sans remords
Heureux celui qui meurt dans les batailles
Sous son drapeau, prés de ses vieux amis
Il a du moins de nobles funérailles
Et Dieu bénit qui meurt pour son pays
Refrain
Jeunes soldats, espoirs de la Patrie
Que les vertus de ceux qui sont tombés
Pour conquérir la terre d'Algérie
Servent d'exemples à vos jeunes fiertés
Et quand viendra le grand jour pour la France
Puissiez-vous tous, en vous inspirant
Aller au feu le cœur plein d'espérance
Et conserver toujours le premier rang
Refrain
Jeunes beautés qu'à l'hiver le ciel donne,
Comme au printemps il a donné les fleurs.
De vos plaisirs, effeuillez la couronne.
Dansez gaiement grâce à vos défenseurs.
Mais si soudain survient dans une fête,
Un vieux chacal au front cicatrisé,
Qu'un doux sourire acquittant votre dette,
Lui paye, enfants, le sang qu'il a versé

Mais où est le "PanPan l'arbi"? Et la mélodie n'est pas celle sifflée par Piaf

PaotrLaouenPaotrLaouen    Thu, 01/10/2020 - 16:04

"Pan ! pan ! l'arbi ! " est écrit en toutes lettres dans le (1er) refrain
J'ai donné donné par ailleurs deux liens vers cette chanson militaire: l'air du refrain est exactement celui qui est sifflé.
Et pour finir, on trouve sur ce site (http://lgaud.free.fr/chants_militaires/chants/zouave.htm) la version intégrale de la Marche du Ier Zouaves, qui compte huit couplets.

Natur ProvenceNatur Provence    Thu, 01/10/2020 - 16:58

Heureux sont ceux qui n'ont pas un passée colonial !

psqpsq    Thu, 01/10/2020 - 17:00

Et tout ça pour une chanson médiocre...!🙄😉

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