Jacques Réda - Complainte du vieux poteau (Italian translation)

French

Complainte du vieux poteau

Aussi gris maintenant qu’un vieux poteau télégraphique
En bois, je me tords, me fendille et vais devenir sourd.
Je n’entends déjà plus en moi le chant béatifique
Qui fait bourdonner le béton même, comme d’amour.
 
C’était la musique du vent aux longs accords sévères
Et je vibrais comme son juste et pur diapason ;
N’était-ce pas aussi parfois la musique des sphères,
La nuit sous le plectre lunaire et la démangeaison
 
Féroce des étoiles ? – Mais, en vérité : musique ?
Alors que tout détone, éclate, improvise son jazz
À travers la supernova, le trou noir aphasique,
L’amas nébuleux où l’amour naît d’un excès des gaz ?
 
Qu’ai-je donc entendu, quand j’avais une bonne oreille,
Monter dans mes fibres depuis la terre des talus ;
Quelle monotone chanson mais sincère et pareille
À celle que chuchote l’herbe et qu’on n’écoute plus ?
 
Arrêtez-vous quand même un peu, cons d’automobilistes
Toujours pressés, posez la main un instant sur mon fût
Et puis une joue à l’endroit où le bois resté lisse
Tremble : voyez, si je suis sourd, je demeure à l’affût
 
De l’espace où mon fil souple encore qui se balance
Mesure une montagne et pèse un nuage, un oiseau.
Je vais m’enraciner à la longue dans le silence
Mais reverdir peut-être à la prochaine floraison.
 
Submitted by Guernes on Thu, 01/03/2018 - 17:42
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Italian translation

Lamento del vecchio palo

Ora grigio quanto un vecchio palo del telegrafo
Di legno, io mi torco, mi fessuro e divento sordo.
Non intendo in me il canto beatifico già più
Che fa risuonare, come d'amore, anche il cemento.
 
Era la musica del vento dai lunghi severi accordi
E io vibravo come il suo diapason preciso e puro;
Non era forse così talvolta la musica delle sfere,
La notte sotto il plettro lunare ed il prurito
 
Feroce delle stelle? - Ma , in verità, musica?
Mentre tutto esplode, scoppia, improvvisa il suo jazz
Attraverso la supernova, l'afasico buco nero,
L'ammasso nebuloso dove l'amore nasce da un eccesso di gas?
 
Che cos'ho dunque inteso, quando avevo un buon orecchio,
Salirmi nelle fibre dalla terra degli argini;
Quale monotona canzone ma sincera e uguale
A quella che bisbiglia l'erba e non si ascolta più?
 
Fermatevi almeno un po', coglioni d'automobilisti
Sempre di fretta, un istante posate sul mio fusto la mano
E poi una guancia nel punto dove il legno rimasto liscio
Vibra: vedete, se sono sordo, faccio ancora la posta
 
Dello spazio dove il mio filo che ondeggia flessibile ancora
Misura una montagna e pesa una nuvola, un uccello.
A lungo andare mi vado far radici nel silenzio
Ma forse alla prossima fioritura a rinverdire.
 
Tous droits réservés © Christian Guernes (pour les traductions en français, sauf indication contraire ; lien vers le source, etc.)
Submitted by Guernes on Thu, 01/03/2018 - 17:45
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