Jules Supervielle - Le hors-venu * (Spanish translation)

French

Le hors-venu *

Il couchait seul dans de grands lits
De hautes herbes et d'orties,
Son corps nu toujours éclairé
Dans les défilés de la nuit
Par un soleil encor violent
Qui venait d'un siècle passé
Par monts et par vaux de lumière
À travers mille obscurités.
Quand il avançait sur les routes
Il ne se retournait jamais.
C'était l'affaire de son double
Toujours à la bonne distance
Et qui lui servait d'écuyer.
Quelquefois les astres hostiles
Pour s'assurer que c'était eux
Les éprouvaient d'un cent de flèches
Patiemment empoisonnées.
Quand ils passaient, même les arbres
Étaient pris de vivacité,
Les troncs frissonnaient dans la fibre,
Visiblement réfléchissaient,
Et ne parlons pas du feuillage,
Toujours une feuille en tombait
Même au printemps quand elles tiennent
Et sont dures de volonté.
Les insectes se dépêchaient
Dans leur besogne quotidienne,
Tous, la tête dans les épaules,
Comme s'ils se la reprochaient.
La pierre prenait conscience
De ses anciennes libertés ;
Lui, savait ce qui se passait
derrière l'immobilité,
Et devant la fragilité.
Les jeunes filles le craignaient,
Parfois des femmes l'appelaient
Mais il n'en regardait aucune
Dans sa cruelle chasteté.
Les murs excitaient son esprit,
Il s'en éloignait enrichi
Par une gerbe de secrets
Volés au milieu de leur nuit
Et que toujours il recélait
Dans son cœur sûr, son seul bagage
Avec le cœur de l'écuyer.
Ses travaux de terrassement
Dans les carrières de son âme
Le surprenaient-ils harassé
Près de bornes sans inscription
Tirant une langue sanglante
Tel un chien aux poumons crevés,
Qu'il regardait ses longues mains
Comme un miroir de chair et d'os
Et aussitôt il repartait.
Ses enjambées étaient célèbres,
Mais seul il connaissait son nom
Que voici : « Plus grave que l'homme
Et savant comme certains morts
Qui n'ont jamais pu s'endormir. »
 
Submitted by Guernes on Wed, 03/01/2018 - 19:21
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(*) Hors-venu
.
Paul Viallaneix : Ainsi se conduit Supervielle, le « hors-venu ». Nulle situation ne le fixe. Nul état ne le définit. Il n'est vraiment ni d'ici ni d'ailleurs. Il traverse la vie et la mort sans jeter l'ancre, « Avec cet air de sortir comme un trois-mâts du brouillard. »
.
Sophie Fischbach : il semble que la posture originale du « hors-venu », qu’il adopte volontiers, lui permette précisément de se placer à la croisée des chemins. Partagé entre la France et l’Uruguay, il assume le rôle de passeur entre la vie littéraire française et les écrivains hispano-américains

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Spanish translation

El venido de la nada

Dormía solo en camas grandes
De altas hierbas y de ortigas
Su cuerpo desnudo siempre alumbrado
En los desfiles de la noche
Por un sol todavía violento
Que venia de un siglo pasado
Por montes y valles de luz
A través de miles oscuridades
Cuando avanzaba sobre las carreteras
Nunca se daba la vuelta
Era asunto de su doble
Siempre a la buena distancia
Y que le servia de escudero
Algunas veces los astros hostiles
Para asegurarse que eran ellos
Los ponían de prueba por un cien de flechas
Pacientemente envenenadas
Cuando pasaban,hasta los arboles
Estaban cogido de vivacidad,
Los troncos con un murmuro de temblor en la fibra
Aparentemente reflexionaban
Y no hablemos del follaje
Siempre una hoja caía
Hasta por primavera cuando agarran
Y están dura de voluntad
Los insectos se aligeraban
En su labor cotidiano
Todos, la cabeza dentro de los hombros,
Como si se las reprochaban
La piedra cogía consciencia
De sus antiguas libertades;
El, sabia lo que pasaba
Detrás la inmovilidad,
Y delante la fragilidad.
Las señoritas lo temían
A veces las mujeres lo llamaban
Pero ni una miraba
En su cruel castidad.
Las paredes estimulaba su espíritu,
Se alejaba enriquecido
Por una haz de secretos
Robada a media noche
Y que siempre contenía
En su corazón seguro, su único bagaje
Con el corazón del escudero
Sus labores de excavación
El las canteras de su alma
Lo sorprendería extenuado
Cerca de bolardos sin inscripciones
Tirando de la lengua sangrando
Como un pero con los pulmones pinchados
Que miraba sus largas manos
Como un espejo de carne y huesos
Y enseguida se iba de nuevo
Sus zancadas eran famosas,
Pero solo conocía su apellido
Que aquí esta:"mas grave que el hombre
Y sabio como algunos muertos
Que nunca pudieron dormirse."
 
Submitted by Sarasvati on Thu, 04/01/2018 - 14:08
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Comments
Guernes    Thu, 04/01/2018 - 17:29

J'ai corrigé : Qu'il regardait ses ses longues mains -> Qu'il regardait ses longues mains.
Faites de même dans votre traduction : Que miraba sus sus largas manos -> Que miraba sus largas manos.

Avec mes excuses.
Excellente traduction. Merci.

Sarasvati    Thu, 04/01/2018 - 17:39

Teeth smile Je pensais que c'était volontaire Teeth smile