Pierre de Ronsard - Ode VII (Ma Dame ne donne pas des baisers) (French translation)

French (Middle French)

Ode VII (Ma Dame ne donne pas des baisers)

. . Ma Dame ne donne pas
Des baisers, mais des appas
Qui seuls nourrissent mon ame,
Les biens dont les Dieux sont sous,
Du Nectar, du sucre dous,
De la cannelle et du bâme,
 
. . Du thym, du lis, de la rose
Entre ses lévres esclose
Fleurante en toutes saisons,
Et du miel tel qu'en Hymette
La desrobe-fleur avette1
Remplit ses douces maisons.
 
. . O Dieux ! que j'ay de plaisir
Quand je sens mon col saisir
De ses bras en mainte sorte
Sur moy se laissant courber,
D'yeux clos je la voy tomber
Sur mon sein à demi-morte !
 
. . Puis mettant la bouche sienne
Tout à plat dessus la mienne,
Me mors et je la remors.
Je luy darde, elle me darde
La languette frétillarde,
Puis en ses bras je m'endors.
 
. . D'un baiser doucement long
Me ressuce l'âme adonc,
Puis en souflant la repousse,
La ressuce encor un coup,
La ressoufle tout à coup
Avec son haleine douce.
 
. . Tout ainsi les colombelles
Tremoussant un peu les ailes
Havement se vont baisant,
Apres que l'oiseuse glace
A quitté la froide place
Au Printemps doux et plaisant.
 
. . Helas ! mais tempere un peu
Les biens dont je suis repeu,
Tempere un peu ma liesse :
Dieu je serois immortel,
Et je ne veux estre tel,
Si tu n'es aussi Deesse.
 
  • 1. Abeille qui butine, qui dérobe le nectar (invention de Ronsard)
Submitted by Guernes on Thu, 04/01/2018 - 20:16
Last edited by sandring on Tue, 13/03/2018 - 18:05
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L'orthographe est conforme à celle des Œuvres Complètes
(Bibliothèque de la Pléiade - Gallimard)
.
Hymette : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hymette

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French translation

Ode VII (Ma Dame ne donne pas des baisers)

. . Ma Dame ne donne pas
Des baisers, mais des appâts
Qui seuls nourrissent mon âme,
Les biens dont les Dieux sont saouls,
Du Nectar, du sucre doux,
De la cannelle et du baume,
 
. . Du thym, du lis, de la rose
Entre ses lèvres écloses
Fleurante1 en toutes saisons,
Et du miel tel qu'en Hymette
L'abeille-qui-dérobe-aux-fleurs
Remplit ses douces maisons.
 
. . O Dieux ! que j'ai de plaisir
Quand je sens mon cou saisir
De ses bras en mainte sorte
Sur moi se laissant courber,
Les yeux clos je la vois tomber
Sur mon sein à demi-morte !
 
. . Puis mettant la bouche sienne
Tout à plat dessus la mienne,
Me mord et je la remords.
Je lui darde, elle me darde
La languette frétillarde,2
Puis en ses bras je m'endors.
 
. . D'un baiser doucement long
Me ressuce3 l'âme adonc4,
Puis en soufflant la repousse,
La ressuce encore un coup,
La ressouffle tout à coup
Avec son haleine douce.
 
. . Tout ainsi les colombelles5
Trémoussant un peu les ailes
Havement6 se vont baisant,
Après que l'oiseuse7 glace
A quitté la froide place
Au Printemps doux et plaisant.
 
. . Hélas ! mais tempère un peu
Les biens dont je suis repu,
Tempère un peu ma liesse :
Dieu si j'étais immortel,
Et je ne veux être tel,
Si tu n'es aussi Déesse.
 
  • 1. répandre une odeur agréable
  • 2. langue qui frétille
  • 3. sucer à nouveau
  • 4. à ce moment-là
  • 5. jeune colombe
  • 6. difficile à supporter
  • 7. futile, inutile
© Christian Guernes
Submitted by Guernes on Thu, 04/01/2018 - 21:21
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