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Un voyage à Cythère (English translation)

  • Artist: Charles Baudelaire
  • Song: Un voyage à Cythère 14 translations
  • Translations: Arabic, Chinese, Czech, English #1, #2, German, Greek, Italian, Polish #1 5 more
  • Requests: Dutch, Hungarian
French
A A

Un voyage à Cythère

Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux
Et planait librement à l'entour des cordages ;
Le navire roulait sous un ciel sans nuages,
Comme un ange enivré d'un soleil radieux.
 
Quelle est cette île triste et noire ? - C'est Cythère,
Nous dit-on, un pays fameux dans les chansons,
Eldorado banal de tous les vieux garçons.
Regardez, après tout, c'est une pauvre terre.
 
- Ile des doux secrets et des fêtes du coeur !
De l'antique Vénus le superbe fantôme
Au-dessus de tes mers plane comme un arôme,
Et charge les esprits d'amour et de langueur.
 
Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
Vénérée à jamais par toute nation,
Où les soupirs des coeurs en adoration
Roulent comme l'encens sur un jardin de roses
 
Ou le roucoulement éternel d'un ramier !
- Cythère n'était plus qu'un terrain des plus maigres,
Un désert rocailleux troublé par des cris aigres.
J'entrevoyais pourtant un objet singulier !
 
Ce n'était pas un temple aux ombres bocagères,
Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs,
Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs,
Entre-bâillant sa robe aux brises passagères ;
 
Mais voilà qu'en rasant la côte d'assez près
Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches,
Nous vîmes que c'était un gibet à trois branches,
Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès.
 
De féroces oiseaux perchés sur leur pâture
Détruisaient avec rage un pendu déjà mûr,
Chacun plantant, comme un outil, son bec impur
Dans tous les coins saignants de cette pourriture ;
 
Les yeux étaient deux trous, et du ventre effondré
Les intestins pesants lui coulaient sur les cuisses,
Et ses bourreaux, gorgés de hideuses délices,
L'avaient à coups de bec absolument châtré.
 
Sous les pieds, un troupeau de jaloux quadrupèdes,
Le museau relevé, tournoyait et rôdait ;
Une plus grande bête au milieu s'agitait
Comme un exécuteur entouré de ses aides.
 
Habitant de Cythère, enfant d'un ciel si beau,
Silencieusement tu souffrais ces insultes
En expiation de tes infâmes cultes
Et des péchés qui t'ont interdit le tombeau.
 
Ridicule pendu, tes douleurs sont les miennes !
Je sentis, à l'aspect de tes membres flottants,
Comme un vomissement, remonter vers mes dents
Le long fleuve de fiel des douleurs anciennes ;
 
Devant toi, pauvre diable au souvenir si cher,
J'ai senti tous les becs et toutes les mâchoires
Des corbeaux lancinants et des panthères noires
Qui jadis aimaient tant à triturer ma chair.
 
- Le ciel était charmant, la mer était unie ;
Pour moi tout était noir et sanglant désormais,
Hélas ! et j'avais, comme en un suaire épais,
Le coeur enseveli dans cette allégorie.
 
Dans ton île, ô Vénus ! je n'ai trouvé debout
Qu'un gibet symbolique où pendait mon image...
- Ah ! Seigneur ! donnez-moi la force et le courage
De contempler mon coeur et mon corps sans dégoût !
 
Submitted by GuernesGuernes on Sat, 16/07/2016 - 19:27
Last edited by GuernesGuernes on Tue, 30/08/2016 - 11:10
English translationEnglish
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A Voyage to Cythera

Versions: #1#2
My heart soared with joy, like a bird in flight,
haunting the rigging sliding by:
The ship swayed under a cloudless sky,
like an angel, dazed by radiant light.
 
What island is that, dark and sad? - Cythera,
in verse, it’s famous you understand,
every aged child’s golden land.
Look, after all, there’s nothing here.
 
- Isle of sweet secrets and the heart’s delight!
Ancient Venus’s marvellous shadow,
like perfume, covers the sea, around you,
fills the mind with love, and the languorous night.
 
Isle of green myrtle and flowers, wide open,
beautiful, revered by every nation,
where the sighs, of the heart’s adoration,
glide like incense, over a rose garden,
 
or are cooing, like doves, in scented air!
- Cythera, now a desert, to mock,
full of piercing calls, a barren rock.
But I saw a strange thing there!
 
It was not a temple, shaded by trees,
where the young priestess, with flower-like desires,
her body alight with secret fires,
goes, opening her robes to the passing breeze.
 
But a shore where our white sails moving by
disturbed the birds, and we saw, like jet,
the black of a cypress tree’s silhouette,
a three-branched gibbet, against the sky.
 
A fierce bird, perching, on the head
of a hanged man, rent him, surely,
planting its impure beak, in fury,
in the bloody corners of the dead.
 
The eyes were two holes: from the cavernous belly
the weight of his guts poured down his sides,
and his torturers, gorged on hideous delights,
had castrated him, most efficiently.
 
Beneath his feet, circling, spun a jealous pack
their muzzles lifted, of whirling beasts,
one large one, leaping in their midst,
an executioner, with cohorts at his back.
 
Inhabitant of Cythera, son, of that lovely sky,
you suffered their insults, silently,
to expiate your infamy,
lacking the tomb your crimes deny.
 
Hanged man, grotesque sufferer, your pain is mine!
I felt at the sight of your dangling limbs,
the long stream of gall, old sufferings,
rise to my teeth like acid bile.
 
Before you, poor devil, of dear memory,
I felt all the beaks, and ravening claws,
of swooping ravens, dark panthers’ jaws,
that were once so fond of tearing at me.
 
- The sky was entrancing, so calm the sea,
but, to me, all was dark, and smeared with blood.
Alas! My heart was buried, for good,
in the depths, the winding sheet, of an allegory.
 
O Venus, in your island, what I found, was just
a symbolic gallows, with my image, in suspense.
O God! Give me the courage, and the strength,
to contemplate my heart, and body, without disgust!
 
Thanks!
Submitted by azucarinhoazucarinho on Sat, 16/07/2016 - 20:56
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